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L'Iode (I)


L’iode est un élément indispensable, fondamental pour le fonctionnement de la thyroïde. Il entre dans la composition des hormones sécrétées par cette glande pour réguler de très nombreuses fonctions de l’organisme : développement et différenciation, modification de l’activité d’un grand nombre d’enzymes, fonctionnement du système cardiovasculaire, régulation de la température corporelle.
Les carences et excès en iode sont également dangereux.
L’histoire de cet élément remonte au 17ème siècle durant lequel Basile Valentin constate que des éponges grillées constituent un remarquable remède contre le goitre qui sévit alors en Suisse. Il institue ainsi, sans le savoir, la première thérapeutique par un oligo-élément. En 1819, Coindet démontre que la vertu de ce médicament provient de l’iode qu’il renferme et en 1850, Chatin établit que le goitre provient d’une carence en iode. Enfin en 1914, Kendall isole un acide aminé très spécial, la thyroxine, sécrétée par la glande thyroïde.

Notions de chimie
L’iode se trouve en assez forte proportion dans l’eau de mer d’où il est extrait par les organismes végétaux et animaux.
L’industrie l’isole à partir de certains nitrates naturels contenant iodure et iodate de potassium.
L’élément iode contient un isotope radioactif, I127, utilisé pour l’étude du fonctionnement de la thyroïde.

Sources alimentaires et besoins
La couverture des besoins est essentiellement d’origine marine : poissons, coquillages, crustacés, algues. Les autres tissus animaux en contiennent peu et encore moins les végétaux. Le lait en contient suffisamment pour les besoins du nouveau-né.
Selon le type d’alimentation, l’apport alimentaire peut varier entre 10µg et 500 µg par jour. Les deux situations extrêmes sont sources d’anomalies thyroïdiennes.
Les besoins quotidiens se situent autour de 150µg. Cependant, on ne voit apparaître de goitre qu’au-dessous de 25 à 30 µg par jour.

Combien dans l’organisme
L’iode est accumulé dans l’organisme dans le corps thyroïde qui présente une extraordinaire affinité pour cet élément, affinité qu’on ne trouve dans aucun autre tissu.
On trouve 50 mg d’iode dansun corps humain dont 20 à 30 % dans le corps thyroïde qui ne repésente que 0,05% du poids du corps.
Dans le sang on mesure 0,1 à 0,3µg/100ml sous forme minérale et 4 à 8µg/100ml lié aux hormones thyroïdiennes.

Cycle de l’iode
L’iode alimentaire est réduit en iodure dans l’estomac et absorbé. Il passe dans le sang pour être rapidement transporté vers la thyroïde pour laquelle il présente une grande affinité.
La réserve importante formée dans le corps thyroïdien permet un débit constamment adaptable de la sécrétion hormonale en dépit d’un apport alimentaire en iode qui peut être très irrégulier.
L’élimination est surtout urinaire mais elle se fait aussi par les selles et la peau (sudation).

Rôles de l’iode
La physiologie de l’iode se confond avec celle des hormones thyroïdiennes.
Les hormones thyroïdiennes
La glande thyroïde présente une structure cellulaire très particulière au sein de laquelle se forme la thyroglobuline(Tg), protéine qui contient un grand nombre d’acides aminés appelés tyrosine (environ 140 par molécule de Tg.),laquelle fixe l’iode et donne ainsi naissance aux hormones thyroïdiennes.
Ces processus ne peuvent évidemment se dérouler qu’en présence d’une quantité suffisante d’iode.
La glande thyroïde fonctionne donc pour pallier l’éventualité d’une carence. De plus, l’ensemble de son activité est régi par une hormone dite T.S.H. (thyroid stimulating hormone) qui est sécrétée par certaines cellules de l’hypophyse, glande endocrine située dans le cerveau. Les taux d’hormones thyroïdiennes et de T.S.H. s’autorégulent selon leurs concentrations respectives.
Les deux hormones finalement produites par la thyroïde sont la tri-iodothyronine (T3) et la tétra-iodothyronine ou thyroxine (T4). Dans le plasma sanguin, la concentration de T4 est environ 60 fois plus forte que celle de T3 mais ce rapport peut être modifié en faveur de T3 en cas de carence en iode. De plus, une très forte proportion de ces composés est stockée pour n’être libéré qu’en fonction des besoins.
Il y a hypothyroïdie si les teneurs en T3 et T4 sont inférieures à la normale et si la concentration en T.S.H. est trop élevée, sauf en cas de déficience hypophysaire  où la teneur en T.S.H. s’abaisse aussi.
Il y a hyperthyroïdie si les teneurs en T3 et T4 sont supérieures à la normale et si la concentration en T.S.H. est trop faible, sauf en cas d’insensibilité des cellules hypophysaires au freinage par T3 et T4, cas où la teneur en T.S.H. s’élève aussi.

Leurs rôles
Les hormones thyroïdiennes règlent le développement et la différenciation cellulaire de l’organisme du fœtus puis,  chez l’individu formé, tous les tissus semblent répondre, d’une façon ou d’une autre, à leur action. La nécessité de leur action lors du développement prénatal est  prouvée par le crétinisme qui caractérise les déficits thyroïdiens anténataux. Cet état se manifeste par un double défaut, morphologique avec nanisme et développement dysharmonieux des différents segments du corps et neuropsychique avec retard mental.
On peut énumérer comme fonctions bien identifiées :

  • retentissement sur l’aspect radiologique du squelette (l’administration mal contrôlée d’hormones thyroïdiennes augmente l’élimination urinaire des phosphates et/ou du calcium) ;
  • contrôle de la contraction musculaire ;
  • augmentation du débit cardiaque par accroissement de la consommation d’oxygène des tissus, influence directe sur la consommation du cœur et la consommation d’oxygène du myocarde ;
  • activation du métabolisme intestinal ;
  • influence sur la fabrication des globules rouges, leur vitalité, leur métabolisme et le métabolisme du fer (l’hypothyroïdie entraîne une diminution de l’absorption intestinale du fer) ;
  • transformation vers l’état adulte des individus qui sont rendus aptes à la reproduction. Le phénomène est plus net chez les grenouilles que chez les humains, cependant, l’hypothyroïdie infantile peut être accompagnée d’une absence ou d’une insuffisance de développement pubertaire ;
  • augmentation de filtration du rein et de son débit sanguin ;
  • rôle prépondérant dans la production de chaleur et la régulation de la température corporelle avec augmentation de la consommation d’oxygène ;
  • stimulation de la synthèse, de la mobilisation mais également de la dégradation des lipides. Globalement elles diminuent les stocks lipidiques de l’organisme ;
  • modification du métabolisme des sucres par effet direct et par potentialisation d’autres hormones, notamment catécholamines et insuline. A doses physiologiques, elles stimulent la synthèse du glycogène, à fortes doses elles l’inhibent ;
  • induction de la synthèse des protéines à concentration normale, et de leur destruction à forte concentration.

Excès et carences
La fonction thyroïdienne s’adapte d’elle-même aux variations d’apport en iode dans la mesure où celles-ci ne dépassent pas certains seuils.
La carence iodée s’accompagne d’une augmentation directe de la proportion d’iode alimentaire captée par la thyroïde et d’un accroissement de la stimulation par la T.S.H. .
L’excès d’iode diminue la captation de l’iode, bloque la synthèse hormonale, diminue la sécrétion des hormones formées et favorise la sécrétion d’iodure par la thyroïde.
Cependant, dans de nombreuses régions du globe, règne un état endémique de carence iodée responsable d’une morbidité thyroïdienne non négligeable aussi bien durant la vie fœtale que durant la vie adulte. Ainsi, plus de deux millions de personnes sont concernées dans le monde.
Dans les cas d’hypo- ou d’hyperthyroïdie acquises, les liens avec défauts ou excès d’iode ne sont généralement pas connus sauf dans certaines régions où l’alimentation apporte des quantités importantes de substances antithyroïdiennes (la plupart des choux en contiennent mais il faut en manger très régulièrement et des quantités importantes) qui inhibent les mécanismes d’iodation. Dans ces régions le goitre est endémique.

Utilisation médicale de l’iode
L’iode est un élément qu’il ne faut jamais prendre sous forme pharmaceutique, en automédication.
Tout dérèglement du fonctionnement de la glande thyroïde implique la consultation d’un médecin.      


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